Et Jean-François Kahn d’entrer directement dans le vif du sujet, sachant ce soir qu’il de dispose que d’une demi-heure avant de devoir prendre son avion. Toute l’actualité récente passée au crible en quelques mots, satiriques mais si justes.
« J’ai été très frappé d’entendre sur tous les médias ces derniers jours que le RSA était formidable car c’était une mesure de gauche… jusqu’à ce que le Figaro écrive et veuille démontrer que non, ce n’est pas une mesure de gauche.
Quelle importance ? Une bonne mesure, n’est pas de gauche ou de droite !!! Et la question est donc de savoir, si c’est une bonne mesure ou pas ? Ce que nous essayons, c’est de trouver les bonnes solutions, ne pas se laisser placer à droite ou à gauche, mais aller sur le fond, sur le contenu. »
L’Assemblée d’environ 600 personnes – au milieu de laquelle François Bayrou est allée s’asseoir - dans le Théâtre de Verdure est conquise et le fait savoir par une salve d’applaudissements.
Saut de pensée, mais le RSA reviendra ensuite…
« Nicolas Sarkozy à Damas ? Pourquoi pas. On ne peut pas imaginer de faire sans la Syrie dans cette partie du monde, vis-à-vis du Liban, notamment et il faut considérer son rôle auprès de l’Iran. Mais pour autant, Pourquoi El Assad a accepté qu’il y ait un président libanais ? D’abord c’est un président pro-syrien qui lui est totalement acquis, et aussi parce que l’on a cédé sur toutes ses conditions à 100 % et qu’il n’y a pas de surcroît de désarmement du Ezbollah. Mais le pire est l’attitude de Sarkozy pour la Géorgie, et j’en parlerai ensuite.
Alors le RSA ? Faire financer le RSA par la plus value du capital, c’est une mesure juste, dans l’absolu. Mais, à cause du bouclier fiscal, pour la première fois au monde, on fait un impôt sur le capital, dont sont exclus les capitalistes. »
Jean-François Kahn s’amuse d’autant de cynisme dans la pensée politique, et il fait rire l’Assemblée tout en pointant ce qui dysfonctionne. Il explique : « On pouvait supprimer l’impôt sur la fortune, car c’est un impôt absurde basé sur le capital dormant, mais autant avoir le courage de faire payer des impôts sur le revenu avant !!! Et l’on doit mettre en place une progressivité de la taxation sur les héritages, ou c’est le libéralisme qui se contredit. La justification du libéralisme, c’est « que le meilleur gagne ». D’accord, il faut corriger un peu, mais si dans une course, un coureur part avec un handicap de 1000 kilos, où est l’égalité des chances ? Et ça, c’est ni de gauche, ni de droite, c’est totalement injuste !!!
Nouveau saut de pensée. Vous savez, je rencontre souvent des ministres dans mon métier et c’est un ministre qui m’a dit ça l’autre jour : « vous, les journalistes, vous êtes d’un conformisme incroyable.
- Comment ? dit-il en riant.
- Mais vous ne réagissez pas avec plus de force ?
Et l’on sent bien que Jean-François Kahn rit de ce que l’on dise cela à lui, le seul qui a vraiment dénoncé cette léthargie.
Et il enchaîne en parlant du parti socialiste et de Martine Aubry.
« Elle dément avoir dit à François Bayrou qu’elle aurait voté pour lui au premier tour…. Je ne sais pas si c’est vrai ou pas, mais avec la haine qu’elle voue à Ségolène Royal, c’est quand même probable, mais soit… En revanche, ce que je peux dire, moi, c’est que d’autres grands dirigeants du parti socialiste m’ont dit à moi qu’eux n’avaient pas voté Royal au premier tour… et mieux dit-il l’éclat de rire dans la voix, certains m’ont dit aussi n’avoir pas voté pour elle au second tour… »
Et hop, digression sur les 35 heures : « Débloquer les heures supplémentaires, ça va dans le bon sens. Comme chef d’entreprise, je suis forcément d’accord, mais si on exonère de charges sociales, au final, c’est les Français qui paient à la place des patrons, et en plus si les heures ne coûtent rien en charges sociales, personne n’embauche mais multiplie les heures supplémentaires. L’effet produit est que la précarité augmente en même temps que les heures supplémentaires. On a donc bien choisi de ne pas créer d’emplois. La manière dont est gérée le déblocage des 35 heures est tout à fait injuste et inefficace. »
Nouveau saut de pensée… ça va vite avec Jean-François Kahn : « Le texte en 6 points de Sarkozy ne reconnaît pas la souveraineté de la Géorgie et en plus c’est gravé dans le marbre. Jamais depuis Münich (même si on est loin d’Hitler et du nazisme, ajoute-t-il), on a signé un texte diplomatique aussi effarant et qui est une telle erreur. »
Retour au RSA… faut suivre : « Fillon pour défendre le RSA dit, c’est normal qu’on fasse cela, car la France est le pays où les revenus du capital sont les moins imposés. A-t-on déjà entendu cela, et moi qui croyait le contraire ? dit-il l’air malicieux ? et il ajoute que Christine Lagarde dit en parallèle : de quoi se plaignent les capitalistes, on leur a fait 16 milliards de cadeaux fiscaux. Tiens, tiens ? on nous avait parlé de moins d’un milliard sur les 16. Le discours change semble-t-il.
Et il poursuit sur le RSA, pour mieux caractériser ce qui fonde Sarkozy dans sa démarche politique : « En France, on a deux gouvernements, un républicain, et un monarchique, comme vous savez. A propos du RSA, trois jours avant la réunion du gouvernement républicain, Sarkozy a réuni le gouvernement monarchique pour leur dire à propos du RSA : « j’ai fait un bon coup ». Pas un mot sur le fond, pour Sarkozy, c’est juste un jeu. Sarkozy s’amuse, improvise, cherche à dérouter en annonçant, sans rien préparer, comme pour la publicité et la télévision publique. Et la droite sur cette mesure, de dire : « c’est une mesure de gauche, alors ça doit être bon… On devrait leur réimprimer le programme de la gauche, qu’ils y trouvent plein de bonnes mesures », dit Jean-François Kahn hilare…
« C’est bon ? parce que de gauche ? Il faut absolument qu’on sorte de ce type de communication,de gauche ou de droite ? C’est absurde de dire que la vérité est de droite ou de gauche ? La vérité est là, elle est rarement au centre, au sens entre la droite et la gauche, mais elle est là, dans l’absolu, et une bonne mesure est une bonne mesure, elle n’est pas de droite, elle n’est pas de gauche, elle est. C’est comme cela que le Mouvement Démocrate se positionne. »
Grands applaudissements nourris de toute l’assemblée présente. François Bayrou le salue et Denis Badré, le sénateur des Hauts-de-Seine raccompagne Jean-François Kahn à l’aéroport de Nice.
Vient le tour de Marielle de Sarnez, François Bayrou, et les autres responsables du Mouvement Démocrate (Jacqueline Gourault, Gilles Artigues, Jean-Luc Bennahmias, notamment). Marielle de Sarnez expose briévement la manière dont va se passer la campagne européenne, les conventions thématiques, le tour des pays européens, ainsi que celui des départements qui sera fait à partir du mois de septembre.
François Bayrou complète : « On a besoin d’un new deal européen, d’un projet de société durable économique et social. »
Question d’un militant sur le programme européen. Réponse de Marielle de Sarnez : il y aura un projet européen modem, qui sera basé sur les contributions de chacun.
Et François Bayrou d’ajouter : « il faut trouver des mots nouveaux pour parler de l’Europe. Nous avons besoin d’une politique énergétique, d’une réflexion sociale, mais ce qui manque vraiment est dans l’ordre du sensible. On ne touche plus. Il faut émouvoir et quelque chose sera produit. Il faut que les Français et la France se réconcilient avec l’Europe.
Autre question, cette fois sur l’affaire Tapie.
François Bayrou explique sa position : « l’Etat avait déjà une décision de la Cour de Cassation, prise en pleinière, présidée par le premier président, donc du béton armé. Des aventuriers comme Tapie, il y en a plein, mais normalement, ils trouvent l’Etat en face qui dit STOP. Là, il est complice et protecteur. Tapie a touché 197 millions d’euros à titre d’acompte. Le rapporteur de la commission d’enquête, Charles de Courson a déclaré : « Cette indemnisation n’a aucune base légale. L’arbitrage ne devait pas être ouvert à l’Etat. Quand l’Etat est intéressé, il ne peut pas faire partie de l’arbitrage. »
C’est ensuite Jean-Luc Bennahmias qui s’exprime pour ajouter à propos de la Géorgie en écho à ce qu’avait dit Jean-François Kahn : « Que Sarkozy ait signé le traité, c’est encore plus grave, car il l’a fait en tant que président de l’Union Europénne. C’est très grave."
Une question est posée sur les Sénatoriales à laquelle François Bayrou répond : « J’ai donné instruction que nous ne présentions des candidats que là où ils peuvent être élus ou faire bon nombre de voix. Ce n’est pas dans le tissu des élus qu’est notre puissance, mais dans les citoyens. Nous avons 2500 élus, mais cela ne suffit pas. Et si les gens nous entendent aujoud’hui, c’est parce que nous avons la parole la plus libre dans le paysage politique français. Nous sommes ceux qui parlent clair et net.
Enfin, une question est posée à propos de la loi électorale sur les collectivités locales et François Bayrou réaffirme sa position : « Je souhaite qu’il y ait fusion entre les départements et les région, avec une seule administration : des élus régionaux concernés par la stratégie économique, des élus départementaux sur les questions sociales, les établissements scolaires étant gérés par l’administration centrale. En ce qui concerne la loi électorale, je ne pense pas que le gouvernement la modifiera sans toucher avant à l’organisation des collectivités, car la ficelle serait trop grosse. Je n’ai pas du tout encore été consulté en tout cas à ce sujet, comme président de parti.
Corinne Lepage a ensuite dit quelques mots sur les commissions thématiques qu’elle anime et la nuit tombant, la table ronde s'est terminée.
Arnaud Weber
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